Cône Prod nous a rencontrés
Le nouveau site de l’École Néogonzo de Lille est disponible ici : www.lille43000.com
Appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944 :
« Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n'acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944. »
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20h00. Je viens de rentrer du boulot. La journée était longue. Je suis vigile au sein d’une société de gardiennage. Ma boîte décroche des contrats pour faire la vigilance des salons d’exposition. 11 heures debout avec une petite heure de repos pour manger mon sandwich. 11 heures debout, à me faire oublier. Je suis un costume troué, planté là, porte A5, toute la journée.
Ce que j’aime bien en rentrant chez moi, c’est regarder le journal télévisé. J’ouvre une bière, j’allume le poste, c’est le seul moment qui m’appartient. Le présentateur annonce une interview spéciale de notre président, une interview de trois quarts d’heure… Je ne regarderai pas tout mais ce que va dire le chef de l’Etat, à qui j’ai donné mon vote, m’intéresse beaucoup.
Le président n’écoute presque pas la première question. Il s’en sert juste pour commencer à débiter son discours bien travaillé. Ma bière est finie. Je m’en ouvre une autre, ça me détend, ça me permet d’oublier ces 11 heures passées, les genoux claquants, dans le froid environnant mon poste. Le président parle. Je n’ai pas vraiment l’impression de l’écouter mais je l’entends. Il parle de choses que je ne comprends pas trop ; le pouvoir d’achat par exemple, qu’est-ce que c’est ?
Mes jambes sont de plus en plus lourdes. Je suis enfoncé dans mon fauteuil. Les gorgées successives me font rentrer dans un mode veille. Entre vigiles, on parle du mode veille pour dire qu’on est là mais en même temps absent, quand le froid nous endort. Le président continue son discours. Je comprends ce qu’il vient de dire : les émeutes, les agressions contre les policiers, la haine n’ont rien à voir avec un malaise social. Tout ça c’est la « voyoucratie ». « Voyoucratie », je comprends très bien ce qu’il veut dire. C’est comme une aristocratie mais avec des voyous.
La bière me fait un bien fou. Je me sens tout chaud et calme. Notre président ferait un bon vigile. J’aimerais être aussi fort que lui. Il sait très bien observer les problèmes. Il a raison : le problème des banlieues se réglera avec une bonne politique d’immigration choisie. C’est vrai que si on choisit les gens qu’on met dans les cités, plutôt que d’y mettre des voyous, il n’y aurait plus trop de problèmes. On y mettrait des immigrés bien, comme les chinois, sans histoire, qui sont autant de consommateurs potentiels. Mais il faut d’abord faire de la place en éliminant les voyous. Heureusement, il s’en occupe, notre président. Comme ça, on a pas trop à s’en soucier.
Il veut pas entraver l’esprit des gens biens avec les bêtises des voyous / trafiquants. Car il faut travailler. Je suis de plus en plus étourdi. Demain je me lève de nouveau à 5h45 pour aller prendre mon poste. Il faut travailler. Je n’ai pas le droit de lire, pas le droit d’écouter la radio, pas le droit de parler avec les autres vigiles, je suis seul et je n’ai que mes deux oreilles pour écouter les riches visiteurs du salon que je garde, le salon du prêt à porter. Ce moment avant d’aller me coucher, c’est le mien. Il faut travailler. Je gagne le SMIC. Il faut travailler. Je suis fatigué. Il faut travailler. Le président est content d’être président grâce à des gens comme moi. Il faut travailler. Il dit qu’il n’a pas à se plaindre. Il faut travailler. Il dit que sa place est quand même mieux que celles de beaucoup de Français qui passent leur vie à travailler sans pouvoir la consommer. Il faut travailler. Il est le président de tous les Français. C’est lui qui a raison. Il faut travailler. Il faut gagner plus. Il faut travailler. Il faut gagner plus. Il faut travailler plus. Tout ira pour le mieux si on travaille plus puisqu’on gagnera plus. Il faut travailler. Mon esprit s’évade. Il faut travailler. Les étoiles. Il faut travailler…
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Extrait de l'édito du Canard enchaîné, 10 septembre 1915 (premier numéro) :
« Le Canard enchaîné prendra la liberté grande de n’insérer, après minutieuse vérification, que des nouvelles rigoureusement inexactes. Chacun sait, en effet, que la presse française, sans exception, ne communique à ses lecteurs, depuis le début de la guerre, que des nouvelles implacablement vraies. Eh ! bien, le public en a assez ! Le public veut des nouvelles fausses. Il en aura. »
Bonne continuation, et bravo !