Hier, vers 14h50, aéroport Roissy - Charles de Gaulle. Huit ressortissants tchadiens et un Somalien se présentent à l'enregistrement du vol Paris - N'Djamena de 18h00. Un surprenant groupe les suit. Ils sont accompagnés de 43 enfants français âgés de 7 à 11 ans, affublés de lunettes de soleil, d'épuisettes et de chapeaux de paille. L'hôtesse, à qui on ne la fait pas, prévient immédiatement les services de police. Depuis quand emmène-t-on des gamins en colonie de vacances au Tchad ?
C'est aussi la question qu'ont dû se poser les policiers de
Au Tchad, les familles d'accueil ne comprennent pas. C'est une immense déception. L'association leur avait proposé d'héberger les enfants pendant la durée du séjour. Yvonne M'bessa, habitante de N'Djamena, la mine des mauvais jours, a du mal à cacher sa déception : « On nous a dit que c'était des enfants à la dérive, un peu perdus » se confie-t-elle. Elle poursuit : « L'idée était de leur offrir la chaleur et la sécurité d'une famille africaine ».
Les enfants sont en fait tous originaires des Hauts-de-Seine (92), principalement de la riche Neuilly-sur-Seine (seconde capitale de France. ndlr). Du fond de sa geôle de gardé à vue, Maurice N'Doblo, leader de l'arche de N'Djamena, s'explique : « Nous voulions juste offrir un meilleur cadre de vie à ces enfants, leur donner de meilleures chances de se construire et de s'épanouir » ; et il ajoute : « Ces enfants sont délaissés par leurs parents qui occupent d'importantes responsabilités dans la forêt de sièges sociaux qui poussent hauts dans cette feu-verdoyante vallée du 92 ».
Les policiers, peu sensibles à ce genre d'arguments, ont prolongé la garde à vue de 48h. Que pourraient donc faire de gentils Tchadiens pour l'éducation de gamins dont les familles possèdent le département le plus riche de France ? Et en effet, l'interrogation est légitime.
Car non seulement ils n'avaient légalement pas le droit de quitter le pays, mais en plus les parents des bambins n'étaient pas au courant de la nature exacte des « vacances ». Isilie de Gondecourt, la mère de deux des enfants kidnappés, nous explique le contexte de sa rencontre avec la sournoise association : « Ils nous ont proposé un stage intensif de tennis pour les enfants, encadré par d'anciens champions de tennis africains. Ils avaient l'air très sympathiques, j'ai tout de suite été emballée » s'émeut-elle. Très impressionnée devant la qualité de ses interlocuteurs, Isilie n'a pas hésité une seconde à verser les 4000 euros demandés en liquide pour cette sportive semaine.
Et ce n'est pas tout, car derrière cet insolent projet se cache une réalité encore plus sombre : certaines familles d'accueil nous ont révélé une troublante facette de ce projet. En effet, l'association aurait parlé à demi-mot d'adoption à ces familles. Et certaines de ces familles auraient payé très cher cette possibilité d'adoption : jusqu'à 2 ans de salaire local. Pour eux, il s'agissait de sauver ces enfants, « gangrenés par un mode de vie centré sur l'argent, poussant l'individu vers lui-même, au détriment de la qualité des relations avec les autres ». Derrière ces déclarations humanistes, quelles étaient les réelles intentions ? Peut-être que ces Tchadiens n'étaient que d'habiles marchants d'enfants. Peut-être n'étaient-ils que des humanitaires du dimanche, prêts à sauver tout ce qui bouge. Peut-être n'étaient-ils que des benêts qui, empoisonnés par la télé et ses violents clichés se sont laissés embarquer dans cette improbable aventure. Peut-être, mais en tous cas, les enfants de Neuilly-sur-Seine n'iront pas faire des châteaux de sable avec les lions dans les dunes de N'Djamena.
Pour les 103 enfants enlevés par de pitoyables imposteurs
qui ont foudroyé l'image déjà fragile de trop nécessaires associations
Esteban
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