Au sein d’une forêt. Une pluie battante. Il était debout au sommet d’une butte, le sabre à la main. L’eau reluisait la lame dont la lumière bleutée se diffusait à outrance dans chaque goutte. Il était en position de garde, prêt à pourfendre son adversaire, mais en face de lui, il n’y avait que ces eaux diluviennes. Son visage était serein, sa bouche close, ses yeux comme des points lumineux. Son regard de jeune homme n’était plus que celui d’un homme mort. De la naissance à la mort, cette pluie l’accompagnait avec toute l’assurance du bourreau.
C’était comme s’il ne pensait à rien, non, il était obnubilé par une hallucination, ce face à face inventé. Il attendait. Il attendait le moment de pourfendre, il attendait l’instant propice à l’exécution. « Ce moment où le sang jaillira et la vie s’en ira ». Il avait été formé pour cet acte, pour tuer. Agir. Le goût du sang lui avait été inculqué. « Attendre l’ouverture, la faiblesse de l’adversaire, et frapper », ces mots comblaient son esprit.
On aurait pu s’imaginer facilement les larmes couler sur sa face stoïque, on aurait pu croire qu’il pleurait sans un sourcillement, mais la pluie, devenant un brouillard au contact de sa peau, brouillait toute vision clairvoyante. Un écran opaque se créait devant lui. Tout devint pâle et semblable, l’œil ne pouvant plus rien discerner. Blanc.
Il gisait maintenant à terre, il perdait la vie. Le sabre était comme une lance au-dessus de lui, planté dans ses entrailles. Le sang commençait à s’écouler tout autour de lui. Ce rouge sombre et épais se mélangeait à l’eau et ruisselait presque en osmose avec elle. Il venait de s’abattre. Sa dernière victime, celle qu’il attendait tant, n’était autre que lui. En acceptant ce sabre qu’on lui confia lorsqu’il n’était qu’un enfant, il avait accepté de mourir par lui. Tout se produisait normalement, en réponse aux ouvertures.
La flamme de son regard s’épuisa. Il parvint à fermer une dernière fois les yeux, puis la vie l’abandonna.
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